Rousseau chez les surréalistes,

ou comment le Citoyen de Genève devint impératrice.


par Tanguy L’Aminot




   Le cas de J.-J. Rousseau semble bien offrir un démenti à ceux qui pensent qu’avec le temps les passions s’atténuent. Les premières années du vingtième siècle furent de la part des réactionnaires, l’occasion d’un déferlement de haine contre l’auteur du Contrat social. Les étapes les plus importantes en furent la publication de la thèse de Lasserre sur Le Romantisme français, les conférences de Jules Lemaître et les écrits du baron Seillière. Cette attaque en règle contre le Citoyen de Genève, à qui l’on reprochait d’être le père de la Troisième République, de la laïcité et de l’anarchie, conduisit à ce qu’au moment du bicentenaire de la naissance du philosophe, en 1912, la violence fut à son comble. La droite se réjouit alors du fait que ces années de propagande antirévolutionnaire aient conduit à l’échec des cérémonies officielles et démontré l’inanité des idées démocratiques. Pour elle, Rousseau est bien mort et la République devrait prendre la même voie

   La droite et les maurassiens voulaient être les défenseurs de la tradition française et s’opposer à la barbarie étrangère du Citoyen de Genève qui avait, selon eux, corrompu l’élégance et la santé de l’esprit français. Rien d’étonnant donc à ce que, pour le dénigrer, on considérât comme responsable de toutes les avant-gardes artistiques, cet adorateur du vertige que dénonçait le critique américain Irving Babbitt. L’Action française regrettait ainsi ironiquement que Nijinski n’ait pas mis en ballet le début si fiévreux de La Nouvelle Héloïse. L’Occident, quant à lui, faisait de Rousseau le père du Cubisme et rimait cette paternité nouvelle sur l’air de Gavroche :


Braque et le Fauconnier,

C’est la faute à Metzinger ;

Gris, Gleize et Picasso,

C’est la faute à Rousseau.


Rousseau ressuscitait même dans la revue légère Le Frou-Frou pour apparaître auprès de Valentine de Saint-Point qui avait lu, le 27 juin 1912, à la Salle Gaveau, son Manifeste de la Femme futuriste et qui publiera l’année suivante son Manifeste de la luxure. L’auteur de l’article mettait dans la bouche de celle qui avait écrit Un inceste et allait devenir l’amie de René Guénon, des propos encore plus violents que ceux qu’elle prononça réellement, l’amenant à prêcher le viol et la brutalité primitive. Et Rousseau se trouvait associé à de tels développements.

   Il faut attendre 1932 pour que les esprits se calment un peu et qu’un critique puisse considérer Rousseau comme à l’origine des nouvelles avant-gardes sans le ridiculiser. Pierre Trahard écrit en effet alors :


« Ce n’est pas hasarder que de voir en Rousseau un précurseur, non seulement des romantiques et des symbolistes, de Rimbaud par exemple, mais de Dada et du Surréalisme ».


Nul doute que ces nouveaux mouvements aient aussi contribué au renouveau de l’image de Jean-Jacques qui est sensible à cette époque.

   L’ironie haineuse qui réjouissait la critique de droite en 1912 touchait-elle alors les surréalistes futurs ? André Breton avait seize ans cette année-l) et ses préoccupations littéraires le conduisaient pour l’instant sur les traces des symbolistes : ses lettres à Théodore Fraenkel évoquent Jean Lorrain, Huysmans, Péladan, le jeune Barrès et surtout Baudelaire et Mallarmé. En 1914, Paul Eluard compose de son côté un poème assez mièvre, « A Montmorency », où il évoque « la silhouette doucement fantastique de Jean-Jacques rêveur sous sa petite fleur ». Peu d’allusions à une influence de Rousseau donc. Pourtant, c’est en se remémorant  la période qui précède la Grande Guerre qu’André Breton mentionne l’admiration qu’il portait déjà alors à Jean-Jacques et qu’il lui portera toute sa vie :


« Le nationalisme n’avait jamais été mon fort. Si, sur ce plan, ma pensée procédait de quelqu’un, c’est – elle en procède toujours – du Jean-Jacques du Discours sur l’origine de l’inégalité et du Contrat social. Il n’y avait déjà pas de cri de meute qui pût la faire dévier. Rousseau : je me dis même que c’est sur cette branche – pour moi la première jetée à hauteur d’homme – que la poésie a pu fleurir ».


Rôle capital de Jean-Jacques donc dans la formation de la pensée d’André Breton et dans la genèse du surréalisme. Et pas de n’importe quel Jean-Jacques ! En indiquant les deux textes politiques de Rousseau les plus discutés à cette époque, Breton marque la rupture et revendique cet auteur sous sa forme la plus révolutionnaire. Ce Rousseau offre à la fois l’image de l’individu révolté contre les injustices sociales et celle du poète qui chérissait l’unicité de ses rêves et de sa personne et faisait les premiers pas dans l’univers encore mal connu de l’inconscient et du désir. Tout cela le désignait pour être l’un des précurseurs du mouvement qui allait tenter de bouleverser les esprits de l’entre-deux-guerres.

   Des autres surréalistes , nous ne savons cependant pas l’influence que Rousseau put avoir sur eux durant leur jeunesse, ni même s’ils le lurent, soit que leur correspondance d’alors ,ous reste ignorée, soit qu’ils n’en disent rien. Plusieurs furent toutefois sensibles à la façon dont la critique réactionnaire traita Rousseau et l’évoquent pour en montrer la bêtise et les « procédés dégradants ». Mais ce sont surtout les revues des dadaïstes, puis des surréalistes qui mentionnent parfois l’auteur d’Emile et permettent d’en dégager l’image : c’est donc à relever cette trace du Citoyen de Genève que nous allons nous attacher.

   La revue du groupe qui vit officiellement le jour au Cabaret Voltaire de Zürich, la revue Dada, ne mentionne nullement Rousseau, malgré le caractère très littéraire et très artistique de ses premiers numéros. En Belgique, la revue Résurrection que dirige Clément Pansaers en 1917 et 1918, n’évoque Rousseau qu’en passant, à propos des romantiques allemands ou d’Oscar Wilde. 391 de Francis Picabia ne mentionne Rousseau nulle part. L’on sait par sa femme Gabrielle Buffet, que l’auteur de Jésus-Christ rastaquouère et de Râteliers platoniques était réfractaire à tout ce qui était livresque et n’avait lu et approfondi que Nietzsche et Stirner. Pourtant le nom de Rousseau figure dans un poème de Picabia, « Erutarettil » dans le numéro 11 de Littérature du 15 octobre 1923. Ce poème n’est qu’une suite de noms de philosophes, de poètes et d’écrivains, allant d’Hermès trismégiste à Jacques Vaché et Arthur Cravan, et l’on serait bien en peine d’en tirer quelque conclusion sur Rousseau.

   Il n’y a donc guère d’allusions à Jean-Jacques dans les premières revues dada. Tristan Tzara eût-il dit que Rousseau était dada qu’il eût dit ailleurs que Rousseau était contre dada et l’on n’eût pas été plus avancé. Par son souci de provoquer, sa volonté de détruire l’Art, la morale et toutes les valeurs, et de travailler « à l’instauration de l’idiot partout », Dada n’a pas eu le culte des ancêtres. Mouvement antilittéraire, il fait table rase de tous les systèmes. « La plus belle découverte de l’homme est le bicarbonate de soude », affirme Picabia et Hans Arp ajoute que « les philosophes ont moins d’importance pour Dada qu’une vieille brosse à dents hors d’usage ». On comprend que les dadas n’aient pas pris intérêt à Rousseau, pas plus qu’à tout autre écrivain vénéré par l’opinion publique ou breveté par les gouvernements. Comme les futuristes, les automobiles et les machines les retiennent bien plus que la littérature. Ils chantent la vie, la vitesse et l’action par opposition au monde bien tranquille des livres et de l’écriture.

   Pourtant, de même que Rousseau avait condamné la philosophie et avait écrit des livres, les dadas firent des revues. La provocation et l’intransigeance semblent déjà s’être émoussées quelque peu quand, en 1921, dans la revue parisienne Littérature, les dadas entreprennent de donner une note aux écrivains classiques et contemporains, ainsi qu’à eux-mêmes :  – 25 traduisait la plus grande aversion, 0 l’indifférence, + 20 l’admiration la plus complète.



       Participants                               J.-J. Rousseau                           Voltaire

Louis Aragon

André Breton

Gabrielle Buffet

P. Drieu La Rochelle

Paul Eluard

Théodore Fraenkel

Benjamin Péret

G. Ribemont-Dessaignes

Jacques Rigaut

Philippe Soupault

Tristan Tzara

15

7

20

15

     25

 9

1

10

8

1

   25











0

-25

10

16

-25

-20

-25

-24

-25

-25

-25



Les participants de cette enquête sont tous dadas en 1921, mais plusieurs seront les fondateurs du mouvement surréaliste. Les réponses sont assez singulières puisqu’elles traduisent une retenue de la part de Breton et une quasi-indifférence de celle de Péret : tous deux proclameront en effet par la suite leur admiration pour Jean-Jacques. Le groupe de dandies que formaient alors Aragon, Drieu La Rochelle et Jacques Rigaut est par contre assez favorable à Rousseau. Aussi, s’il y a incontestablement dans cette notation une volonté de provoquer le lecteur, ne faut-il pas penser qu’il y a également provocation à l’égard des autres participants ? Breton ne peut afficher son accord avec Rousseau, qu’il dit dater de 1914, nous l’avons vu : il doit participer au dédain dadaïste pour les grands hommes.

   Quant à la réponse de Tristan Tzara, elle traduit l’intransigeance iconoclaste et provocatrice de Dada et elle marque la divergence qui va se creuser entre ce mouvement et le surréalisme proche. Dans ses Entretiens avec André Parinaud, Breton rappelle que l’incompatibilité d’humeur couvait déjà lors de cette enquête et que le nihilisme de Tzara qui avait donné  – 25 à Dostoïevski, Eschyle, Goethe, Rousseau, Matisse, Nerval et Poë, était trop insupportable. Si, comme le dit Georges Ribemont-Dessaignes, le but de Dada était de provoquer l’hostilité, le résultat était parfait.

   J’ai mis Voltaire en parallèle avec Rousseau afin de montrer le mépris dans lequel le tiennent presque tous les dadaïstes de Littérature, mépris qui se perpétuera d’ailleurs à travers le surréalisme. En 1931, on pouvait ainsi lire au dos d’un catalogue d’ouvrages surréalistes, Lisez – Ne lisez pas, une liste de sauteurs prônés et rejetés par le nouveau groupe. Parmi les écrivains du XVIIIe siècle, Rousseau, Diderot, d’Holbach, Sade et Laclos étaient impérativement conseillés, mais Voltaire était banni des nouvelles bibliothèques. Il était l’homme au « hideux sourire » de sceptique, celui qui riait du sentiment et du rêve pour ne considérer que al raison. Bien plus que Voltaire d’ailleurs – dont les surréalistes appréciaient la lutte contre l’Infâme – c’était le voltairianisme qui révulsait les amis de Breton. Sade et Laclos étaient par contre très bien vus : dans l’enquête de Littérature, le premier était classé seizième avec 11,27 et le second, vingtième avec 10. Pour qui s’étonnerait de cette admiration pour Sade et pour Rousseau, rappelons que Breton croit en l’existence d’un « certain point de l’esprit » où se fondent les antinomies. C’est à partir de cette région que l’individu peut dépasser l’intelligence rationnelle des choses pour atteindre à la compréhension surréelle du monde. C’est là que Sade rencontre Rousseau pour mener un combat parallèle contre tout ce qui asservit l’homme.

   Il est probable aussi que la retenue manifestée à cette époque par Breton à l’égard de Rousseau est due au fait que celui-ci est un « classique » reconnu et donc en concurrence avec des auteurs méprisés alors par les lettrés. Cette attitude est manifeste dans le Projet pour la bibliothèque de Jacques Doucet, nom donné à une lettre que Breton et Aragon remettent en 1922 au célèbre collectionneur pour orienter ses choix bibliophiliques. On y lit ce passage :


« Des moralistes théoriciens aux moralistes pratiques, il n’y a qu’un pas. Nous avons vu quelle place Sade devait se voir attribuer. A côté de lui et présentant d’ailleurs un intérêt littéraire supérieur au sien, il est juste de ranger Restif de La Bretonne, dont Le Paysan et la Paysanne pervertie et Monsieur Nicolas apparaissent aujourd’hui comme des ouvrages plus importants que les Confessions de Rousseau, déjà au catalogue de votre bibliothèque. Nous ne nous étendrons pas sur la grande importance sociologique de ces œuvres, qui demeurent extraordinairement vivantes en raison de leur ton merveilleusement alerte ».


Plus loin, Breton ajoute que c’est l’esprit de révolte qui anime ces auteurs qui « fait le prix que nous attachons , au-delà de ce qu’ils représentent à ces noms mêmes ». Dans L’Esprit contre la raison, Crevel s’en prend de même à la critique bourgeoise qui voit « un mal dans la révolte de l’esprit, la baptise signe de faiblesse comme si la bonne santé, la force étaient de croire, d’accepter de croire que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ». Et d’ajouter :


« A ce compte-là, des hommes de la trempe d’un Rousseau, d’un Luther seraient quantité négligeable et, contre eux auraient raison les cuistres qui ont mis des siècles à n’en point revenir d’une telle franchise, d’une telle audace spirituelle ».


   La révolte restera l’élément déterminant pour les surréalistes.

   Si Dada n’avait guère évoqué Rousseau, le surréalisme à ses débuts paraît ne pas y penser davantage. Dans la définition du surréalisme qu’est le premier Manifeste, en 1924, Breton ne cite pas Rousseau parmi les écrivains qui ont été surréalistes par quelque aspect. Du XVIIIe siècle, seuls Swift et Sade sont évoqués. Rousseau ne l’est pas davantage dans le Second Manifeste, où Breton brise beaucoup d’idoles – Rimbaud entre autres – et règle ses comptes avec certains de ses collaborateurs : « En matière de révolte, aucun d’entre nous ne doit avoir besoin d’ancêtres », affirme-t-il en une formule que n’eût pas désavouée Stirner…

   Parmi ceux que Breton avait désignés comme ayant fait acte de surréalisme dans la premier Manifeste et qu’il condamne dans le second, figure Joseph Delteil. Breton ne lui pardonne pas d’avoir publié sa Jeanne d’Arc, cette « vaste saloperie » cléricale. Delteil avait pourtant participé à Littérature et annoncé sa préférence pour Jean-Jacques plutôt que pour Arouet. Dans son roman Les Cinq Sens, en 1924,  il faisait acte de surréalisme avec cette épigraphe :


« Le goût est parfait en soi et je prétends que le goût d’un chien pour un os est aussi noble que celui d’André Gide pour La Princesse de Clèves. – J.-J. Rousseau ».

   

   Ces facéties n’étaient pas appréciées par Picabia qui exprimait dans Caravansérail son mépris pour les romans de  Delteil, « cette littérature affreuse, Dada filtrée, additionnée de fleurs d’orangers ! ». Pourtant, Delteil ne cessait de clamer comme Dada et Rousseau que « la littérature empoisonne la vie » et que « l’intelligence est une vertu froide ». Ce n’est pas de Voltaire que nous avons besoin, disait-il, mais de Rousseau, de Bonaparte et de Robespierre. Dans ses romans, Jean-Jacques se trouve associé à des images surréalistes, ainsi dans Choléra : « Plus tard, Alice lut Francis Jammes et Jean-Jacques Rousseau. Ce sont deux bons auteurs. Elles les préférait en veau à tranches saignantes ». Et c’est à un portrait imaginaire fort poétique que Delteil se livre dans Mes Amours…spirituelles :


« Il y avait autrefois un fils de fée qui s’appelait Monsieur Jean-Jacques. Il allait à travers cœurs et champs à la poursuite de son fol instinct, tirant la langue à tous les principes. Il pratiquait un peu l’amour, versait des larmes sous le ciel et contait tout son cœur aux choses, son cœur, bon et mauvais. J’ai rarement l’occasion de crier : Vive Jean-Jacques ! Je profite de l’occasion. (Et qu’on me comprenne un peu, si difficile que cela soit. Je ne veux pas dire : Vive tout Jean-Jacques ! mais Vive, en gros, Jean-Jacques !) ».


Ce texte sera repris et développé deux ans plus tard dans De J.-J. Rousseau à Mistral, qui commence par une « déclaration de haine » à l’intelligence et condamne les penseurs paralytiques et impuissants, pour faire l’éloge de « la lignée des sensibles » où « Jean-Jacques mène la barque » et où se retrouvent Pascal, Chateaubriand, Hugo, Alain Gerbault, Lindberg et quelques autres. Cette vision nouvelle de Rousseau s’inscrit dans le renouveau de son image que marquent alors l’année 1928 et les nombreux articles qui commémorent le cent-cinquantième anniversaire de sa mort. Le temps n’est plus au positivisme raisonnable et étriqué des maurrassiens. Delteil peut peindre un Rousseau qui incarne le nouvel idéal, celui de la vie qui éclate de toutes parts, celui des romans de Cendrars ou de Morand, où la vitesse s’associe à la fureur :


« Allons, oui , l’essentiel de Jean-Jacques, c’est sa candeur et sa fièvre, le mouvement de son sang dans ses veines, sa veulerie et sa piété, son port vache, son allure sentimentale ses rêveries louches, parfois ce pathos chaud comme une bouche, ses furies printanières et sa folle volupté, sa conscience fragile et son cœur au-dessus de tout. C’est ce mépris amer des jugements des hommes, cette désinvolture de solitaire dans une société de pommade et de verre, ce sans-souci d’enfant qui s’en fout et comment, cette langue tirée aux troupeaux de bourgeois et de commis, ces pieds de nez et ces coups de pied et ces crachats plus éclatants que des oiseaux ; ce qui me plaît en Jean-Jacques, c’est son émoi devant un arbre de Savoie, cette larme pour un rien pur, ce tourment puéril et ces torrents d’extase, ce qui me plaît c’est sa poignée de main à Saint-Lambert, c’est la misérable Thérèse, c’est, l’avouerai-je ? peut-être même les Enfants-Trouvés, ce qui me plaît c’est ce désir de honte, ce ‘besoin de déconsidération’ dont un autre esprit de délices, d’ailleurs si proche de Jean-Jacques, l’étrange Barrès, faisait un jour l’étrange aveu (et capital) dans sa Méditation sur Benjamin Constant. Jean-Jacques m’enseigne qu’il y a plus de volupté dans la honte que dans la gloire».


   Que Delteil ait déçu les espoirs de Breton et des surréalistes, peu importent ici, car son image de Rousseau est bien la première image surréaliste de quelque importance. Image qui séduit alors les rousseauistes, même si elle les choque tout d’abord par la violence de son expression.

   Si René Crevel condamne Delteil pour s’être abaissé à écrire Jeanne d’Arc et Les Poilus et trouve que l’anthologie En robe des champs mérite d’être le livre de chevet du colonel de La Roque, il exprime vers la même époque une image de Rousseau tout aussi singulière. Crevel reconnaît en Rousseau un des chantres de la liberté totale et salue en lui « le goût de l’élan et le refus d’émonder, en quoi je suis obligé de reconnaître une splendide pudeur ». A la pensée ordonnée de son temps, Rousseau a su opposer « le chaos magnifique » de son génie et de ses rêves.

   Crevel, contrairement à nombre de ses contemporains, ne distingue pas l’auteur des Confessions de celui du Contrat social. C’est ce dernier livre qui donne son sens au premier et qui a chez, lui la préférence. Dans une lettre qu’il adresse à marcel Jouhandeau en juillet 1927, Crevel écrit notamment :


« Je relis Rousseau. Quels mensonges que les Confessions. Je n’aime pas ce masturbé. Le juif de Turin, le curé de Lyon, la Warens, tous ceux qu’il a excités, qu’ont-ils trouvé dans ce fourbe aux mains moites ? Et je gage que l’histoire des 5 enfants abandonnés c’est du mensonge ; Rousseau, c’est un bronze de Barbedienne. Il s’appelle Jean-Jacques comme les femmes qui mettent de la lingerie exagérément innocente ».


Le propos est étonnant et s’oppose à l’admiration que d’autres surréalistes portent à Rousseau. Il s’explique si on le met en parallèle avec ces lignes du dernier discours que devait prononcer Crevel au Congrès international des écrivains pour la défense de la culture et que son suicide ne lui permit pas de lire.


« En période pré-révolutionnaire, je veux dire lorsque l’ordre ou le désordre social exige des opprimés l’intervention capable de réduire un oppresseur acharné à conserver ses privilèges, à la veille du bond en avant quoi doit remettre les masses dans la voie de leur devenir, les écrivains sont naturellement portés à rendre compte de leurs états particuliers, même et surtout si ces états particuliers accusent, à travers le scandale des comportements individuels, le mauvais état général d’un monde.

  Ce n’est point par l’effet du hasard que J.-J. Rousseau fut à la fois l’exhibitionniste des Confessions et le théoricien du Contrat social.

  Il a poussé jusqu’à la frénésie des fausses confidences le besoin de se montrer, mais il a aussi constaté : ‘Quiconque mange un pain qu’il n’a pas gagné, le vole’ ».


La révolte de Rousseau est plus importante et plus conséquente que ces confidences. Couper celles-ci du regard politique de leur auteur, c’est les désamorcer de leur part explosive et faire le jeu des oppresseurs.

   Rousseau plaît à Crevel pour sa fougue révolutionnaire, mais la Genève de la Société des Nations lui répugne. La ville natale de Jean-Jacques est « devenue officiellement la préfecture de police du monde bourgeois » pour l’auteur d’Etes-vous fous ?, quand elle réprime à Plaimpalais, en 1932, un meeting politique par les armes. Cette cité hypocrite où la bourgeoisie la plus conservatrice récupère Jean-Jacques Rousseau pour son profit, le révolte, et c’est à la dénoncer que vise ce poème :


« […] Le cerveau c’est couleur de sperme

   et Jean-Jacques Rousseau déjà,

  celui dont le cercueil genevois

  devait servir de berceau à la Société des Nations,

  à chaque masturbation,

  annonçait, pour le bonheur des précieuses à franfreluches,

  les belles

  dont il était la coqueluche

  ‘Mesdames venez voir couler une cervelle’.

  Mais on a beau être conservateur, le foutre ne veut 

  pas se laisser mettre en bouteille,

  tandis qu’un cerveau,

  si on ne le porte que le Dimanche, jour de repos, 

  pour ne pas l’user trop vite […] ».


Et de conspuer « toute grosse molle république » qui prend « pour maquereau un pseudo philosophique » et le donne en successeur à Dieu.

   A partir de Delteil et Crevel, se laissent entrevoir l’image que les surréalistes ont de Rousseau, à la fois poète et chantre de la liberté, contestant l’ordre établi. Si Breton et ses amis n’ont pas beaucoup de respect pour les philosophes, ils se sentent les frères de ceux qui ont su vivre leur pensée et leurs rêves et ne pas sombrer dans le banal. Rousseau les charme qui a su si bien affirmer son unicité contre toutes les tyrannies. Il est un modèle ou mieux, l’un de ces phares du passé qui éclairent l’homme moderne et révolté. Aussi, c’est à dessein que Joë Bousquet l’évoque en prenant la défense d’Eluard et de Breton à la suite de l’incident du banquet Saint-Pol-Roux :


« Tous les gueux de lettres ameuteront toujours les chiens contre les Paul Eluard et les Breton. Je pense à Jean-Jacques Rousseau lapidé par un peuple absurde ».


   Les surréalistes ne distinguent pas la poésie de la révolte : la poésie, la liberté et l’amour sont les trois voies de la révolte. Ils se considèrent comme des barbares que la civilisation contemporaine écœure et souhaite le retour d’une grande révolution qui, comme celle de 1789, exprimerait la poésie collective. Ils iront même jusqu’à faire l’éloge de « la merveilleuse ‘terreur’ » au grand dam des bourgeois.

   Rousseau qui fut lui aussi un barbare, sera pourtant quelque peu délaissé au profit de révolutionnaires plus matérialistes comme Hegel, Marx et Engels dans ce qu’il est convenu d’appeler la « période raisonnante » du surréalisme, de 1930 à 1933. La revue Le Surréalisme au service de la révolution ne mentionne pas une seule fois Jean-Jacques. Les problèmes de l’actualité, le désir des surréalistes de s’associer au parti communiste, la défense de leur conception artistique retiennent toute leur attention et donnent à leurs écrits une orientation, où Rousseau n’a pas sa place. La déception viendra pourtant rapidement, Breton n’arrivant pas à plier son expression au style des données statistiques ni sa pensée à l’idéologie bornée du parti. Dans une des conférences qu’il fait à Mexico, en1938, le fondateur du surréalisme rappelle l’importance de Rousseau et revendique la part d’utopie de ses écrits comme essentielle à la transformation du monde – quitte à choquer les marxistes orthodoxes :


« Il serait par trop sommaire, par trop expéditif de penser que tout le suc des œuvres de Jean-Jacques Rousseau, de La Mettrie, de D’Holbach et de quelques autres, est aujourd’hui épuisé et cela parce qu’il a alimenté le socialisme dans sa première forme : la forme utopique représentée par Saint-Simon, Fourier et Owen. Il est trop vite dit, à mon sens, que Le Contrat social et le Discours sur l’origine de l’inégalité parmi les hommes ont préparé l’avènement de la république démocratique bourgeoise, ce qui donne à entendre que leur pouvoir s’arrête là et qu’il sont dénués de toute efficacité aujourd’hui. Je dis qu’il est, en dehors de toute aptitude à se résoudre sur un plan politique qui reste tout théorique, quelque chose en eux de plus profond, de moins aisément réductible à ces fins sociales dont nous apercevons au XXe siècle, le côté improvisé, puéril, trop manifestement abstrait des conditions réelles de la vie ».


La pensée de Rousseau est agissante et ne se réduit pas à son caractère savant et culturelle.

   Aussi, en 1942, Breton rappelle sa filiation à Rousseau dans ses Prolégomènes à un Troisième Manifeste du Surréalisme ou non, avec quelque dédain pour l’embrigadement auquel il s’est heurté :


« Les partis : ce qui est, ce qui n’est pas dans la ligne. Mais si ma propre ligne , fort sinueuse, j’en conviens, du moins la mienne, passe par Héraclite, Abélard, Eckhart, Retz, Rousseau, Swift, Sade, Lewis, Arnim, Lautréamont, Engels, Jarry et quelques autres ? Je m’en suis fait un système de coordonnées à mon usage, système qui résiste à mon expérience personnelle et, donc, me paraît inclure quelques-unes des chances de demain» .


Et c’est le même désir d’affirmer l’unité de la révolte et de la poésie, tout autant que l’indépendance du surréalisme envers les succursales révolutionnaires professionnelles que Breton exprime en 1947 dans ces lignes où revient le nom de Jean-Jacques :


« Le seul devoir du poète, de l’artiste, est d’opposer un NON irréductible à toutes les formules disciplinaires. L’ignoble mot d’‘engagement’ qui a pris  cours depuis la guerre, sue une servilité dont la poésie et l’art ont horreur. Heureusement, le grand témoignage humain, celui qui a su jusqu’ici défier le temps, fait de ces petites interdictions, de ces amendes dites comme par antiphrase ‘honorables’ , de ces compromis honteux, une justice torrentueuse. N’est-ce pas Jean Huss ? Est-il vrai, Bruno ? Qu’en dis-tu, Jean-Jacques ? » .


Rousseau offre donc l’image du penseur indépendant, qui n’a pas hésité à rompre en visière avec les philosophes de son temps, pour chercher en lui-même et jusqu’aux portes de son inconscient sa propre lumière et la voie d’un nouveau monde.

   Dès lors, Breton et les surréalistes vont évoquer de plus en plus régulièrement Jean-Jacques. L’explication en est bien sûr dans leur rupture avec les partis, amis aussi dans le temps qui a permis au mouvement d’affirmer sa position. Elle est loin l’époque de la provocation systématique où il fallait être absolument nouveau et renier tous les ancêtres : on peut désormais évoquer Jean-Jacques plus librement et rappeler ce qu’on lui doit.

   Ce goût pour la « rétrospective » est manifeste en 1947 lors de l’Exposition internationale du Surréalisme de Paris. Y figurent d’abord les œuvres des artistes pré-surréalistes, d’Arcimboldo à Lewis Carroll ; et comme l’exposition a été conçue sur le plan d’une initiation, les visiteurs passent de ces œuvres à celles des surréalistes contemporains « par un escalier de 21 marches qui auront été modelées en dos de livres et porteront 21 titres correspondant aux 21 arcanes majeurs du tarot (le Mat ou FOU excepté) ». Ainsi, de Charles Mathurin à Isidore Ducasse monte-t-on vers la Salle des Superstitions. Dans cet escalier symbolique, Rousseau occupe la troisième marche avec les Rêveries du promeneur solitaire et la figure du tarot qui le désigne est celle de l’Impératrice.

   Breton qui s’était intéressé aux sciences ésotériques connaissait certainement ce passage du Tarot divinatoire de Papus sur l’arcane III de l’impératrice:


« L’arcane III est figuré par l’image d’une femme assise au centre d’un soleil rayonnant ; elle est couronnée de douze étoiles, et ses pieds reposent sur la lune. C’est la personnification de la fécondité universelle. […] Cette femme, l’Isis céleste ou la Nature, porte un sceptre surmonté d’un globe : c’est le signe de sa perpétuelle action sur les choses nées ou à naître. De l’autre main, elle porte un aigle, symbole des hauteurs sur lesquelles peut s’élever l’essor de l’esprit. – La lune placée sous ses pieds figure l’infimité de la Matière, et sa domination par l’Esprit ».


   L’arcane de l’Impératrice représente l’élément féminin et fertile de la Nature ; Il est le symbole de l’immuabilité et porte en lui le grand mystère de l’union de l’esprit avec la matière, union par laquelle le divin devient humain, car c’est la loi de al matière qui prévaut à ce stade, et l’esprit qui s’incarne dans le monde matériel. « L’homme qui se trouve à cet échelon du Tarot apprend à connaître la reine du ciel, la NATURE. C’est le chercheur qui commence à explorer les mystères de la nature. Il n’essaie plus d’agir contre la nature, mais inconsciemment, se conforme à ses lois afin de vivre avec elle et non contre elle ». L’homme comprend alors que toute la création est une seule unité indivisible et se sert dès lors de son corps comme d’un merveilleux instrument.

   Un tel arcane correspond donc parfaitement à Rousseau et à sa quête, et l’on comprend que les surréalistes le lui aient attribué. Il marque aussi l’importance que Breton et ses amis donnaient à Jean-Jacques dans cette conquête de la liberté et de lui-même que doit vivre l’homme total. Il n’est donc pas étonnant que l’auteur de Nadja évoque la figure du philosophe genevois pour répondre à la lettre d’une « petite fille d’Amérique » qui l’interrogeait sur la liberté dans l’éducation :


« Il y aura bientôt deux cents ans qu’un très grand esprit s’est penché sur le problème que vous soulevez, vous avez dû déjà entendre parler de lui et je suis presque sûr que vous l’aimerez. Il est vrai qu’il n’écrivait pas pour les enfants, il écrivait pour ceux qui prennent soin d’eux mais ce qu’il y avait de si aimable en lui, c’est qu’il était avant tout du parti de l’enfant comme nul ou presque n’a su l’être depuis lors. Et avant lui non plus on n’avait porté à l’enfant un tel intérêt, on n’avait cherché avec tant de persévérance et de passion ce qui lui convient le mieux, à la fois en fonction de ce qu’il est et de ce qu’il deviendra. Ne trouvez-vous pas touchant que, pour être plus sûr d’entrer en communication avec la petite fille, puis la jeune fille qu’il rêvait de modeler pour le bonheur, il ait éprouvé le besoin d’aller rêver d’elle ‘dans une solitude profonde et délicieuse, au milieu des bois et des eaux, au concert des oiseaux de toute espèce, au parfum de la fleur d’orange’ ? Voilà un maître qui n’avait rien de rébarbatif : il s’appelait Jean-Jacques Rousseau ».


Breton cite également un long passage d’Emile et affirme que « mieux que quiconque, notre ami Jean-Jacques a compris que l’enfance reproduisait dans ses étapes successives, l’évolution de l’humanité ». Il conseille que l’on fasse dans les écoles une histoire de l’art adaptée à chaque âge de l’enfance, « dans l’atmosphère très détendue que préconise Rousseau ». Jean-Jacques est donc bien le philosophe de la liberté et du respect de l’individu, celui qui a su rêver la réalité pour la mieux transformer. Il est un de « ceux qui ont pris l’homme à bras le corps, l’ont sommé de se  connaître en profondeur ou l’ont mis en demeure de justifier de ses propres idéaux ».

   André Breton et les surréalistes ont, comme Delteil, une vision globale de l’œuvre et de la personne de J.-J. Rousseau, mais il est vrai qu’ils font plus souvent allusion à l’auteur d’Emile et du Discours sur l’inégalité qu’à celui du Contrat social. Cependant leur vision est très positive et Breton ne prononce pas même à l’endroit du Contrat social le reproche d’ouvrir la voie au despotisme que lui adressaient les maurrassiens et les critiques bourgeois du début du siècle et que lui adressent certains commentateurs de la fin du vingtième siècle, d’un point de vue tout opposé. 

   Pour lui, l’œuvre de rousseau ne débouche pas sur une fin qui serait une révolution et l’instauration d’une société rousseauiste : il ne saurait y avoir d’autre fin que la « connaissance de la destination éternelle de l’homme » à laquelle seule la révolution le rendra. Rousseau est une étape et un complice dans ce voyage vers la libération de l’homme total, et sa sensibilité emportée qui l’a amené à s’exprimer en traits de feu, est fort goûtée des surréalistes. Dans Le Noyau de la comète, Benjamin Péret établit un parallèle entre Rousseau et  Sade : leurs œuvres sont antithétiques, mais elles se complètent « pour donner de l’homme une image contradictoire et réelle ». Et c’est cet homme qui est important pour les surréalistes : tous ceux qui ont contribué à l’émerveiller et à le libérer, à lui ouvrir les portes de la sensibilité qui illumine et de la raison qui explique, ont leur place parmi les révolutionnaires et les poètes. Rousseau, tout comme Sade, est de ceux-ci.

   Un article de Jean Schuster paru dans le journal anarchiste, Le Libertaire, en septembre 1952, montre le chemin parcouru depuis l’époque où les surréalistes bataillaient avec les marxistes orthodoxes :


« L’urgence est, je le répète, dans une réhabilitation du sensible. Face au sort qui lui est réservé depuis une dizaine de siècles en Occident, toutes les luttes intellectuelles qui ne se proposent pas d’y remédier en lui donnant, non pas une place au soleil, mais LA PLACE DU SOLEIL, sont vaines. Dans le grand débat sur les chances de transformation du monde, il faut que compte soit enfin tenu de certains messages dans lesquels la part théorique n’est que l’infrastructure d’une conception poétique qui me semble plus que jamais de nature à rédimer ce que comportent d’aberrant les doctrines. Je pense à Jean-Jacques Rousseau et à Fourier. Contrairement à l’opinion qui prévaut à leur égard, ces messages doivent être reçus dans une perspective révolutionnaire au-delà et non pas en deçà de la philosophie marxiste ».


Rousseau est désormais une référence sans restriction aucune pour l’ensemble des surréalistes. 

   Breton réclame en 1951 que sa statue emportée par l’occupant nazi soit rétablie à son emplacement avec celle de Diderot, Etienne Dolet, Fourier, Marat, Hugo, Shakespeare et Villon et il suggère qu’on en érige de nouvelles pour célébrer Alice au pays des merveilles, Apollinaire, Freud, Hegel, Manon Lescaut, Nerval, Baudelaire, Retz et Elisée Reclus. Rousseau a sa place dans ce monde qui s’annonce mais que la société d’alors regarde avec suspicion.

   Dans une enquête de Médium, Breton imagine, en 1953, le cas où d’illustres visiteurs se présenteraient. « Ouvrez-vous ? », demande-t-il ? Les réponses, en ce qui concerne Rousseau, sont enthousiastes pour la plupart et traduisent parfaitement l’amour que lui portent les surréalistes d’après-guerre :


«  – Oui, toutes le sombres dissipées (Jean-Louis Bédouin). – Oui, par grand soleil (Robert Benayoun). – Oui, le cœur ébloui (André Breton). – Oui, dans un grand mouvement affectif (Elisa Breton). – Oui, je lui offre mon jardin (Adrien Dax). – Oui, il est chez lui chez moi (Georges Goldfayn). – Non, crainte d’être pris à témoin dans un procès qui ne me concerne pas (Julien Gracq). – Oui, c’est tellement simple (Gérard Legrand). – Oui, avec ferveur profonde et recueillement (Simon Hentaï). – Oui, et bien vivement. – Oui, donnez-vous al peine d’entrer (Benjamin Péret). – Non, je vous écrirai (José Pierre). – Oui, amicalement (B. Roger). – Oui, pour entendre le timbre de sa voix (Jean Schuster). – Oui, de tout mon cœur (Anne Seghers). – Oui, dans l’espoir qu’il reste longtemps (Toyen). – Oui, de tout cœur (M. Zimbacca) » .


Que pensa Breton des deux réponses négatives ? Quelques années auparavant, n’avait-il pas brutalisé l’éditeur Skira pour avoir parlé de Jean-Jacques sur un ton supérieur.

   Rousseau apparaît de plus en plus dans les écrits surréalistes. Cependant, aucune étude complète n’a été faite par le groupe. On le trouve dans le Lexique succinct de l’Erotisme qui figure dans le Catalogue de l’Exposition internationale : Eros en 1959. Gérard Legrand, auteur de la notice sur Jean-Jacques, le présente comme « réformateur, romancier et mémorialiste » et rappelle quelques épisodes de sa vie qui le conduisirent « à des observations érotiques d’une valeur documentaire inaltérée et dont le pathétique a grandement contribué à fonder la sensibilité moderne ». André Pieyre de Mandiargues exprimera le même intérêt pour l’examen de « l’homme érotique » qu’a fait Rousseau et il notera aussi la modernité des Confessions dans une enquête que fit la revue belge Le Thyrse, en 1961.

   Enfin, Rousseau sert de prétexte au jeu surréaliste L’Un dans l’autre, qui consiste à créer des images poétiques par la rencontre inattendue de deux mots. Jean-Louis Bédouin est ainsi amené à se définir comme un crocodile après avoir choisi, à part lui, de s’identifier à J.-J. Rousseau. Voici le résultat :


« Je suis un CROCODILE des bois qui a été beaucoup chassé. Nombre de ceux qui m’ont poursuivi ont tenté de me faire passer pour un terrible mangeur d’homme, bien que mes sentiments fussent plutôt ceux de l’oiseau qui apprend à voler à sa couvée ».


   Ce goût du jeu est aussi caractéristique des romans de Lise Deharme – « cette admiratrice de Rousseau », selon Jean-Louis Bédouin - , dont l’œuvre ne cesse d’évoquer la figure du promeneur solitaire. Les héroïnes de ses livres sont de belles jeunes filles, amantes du plaisir et du rêve, qui promènent leurs charmes fort peu vêtues parmi les fleurs et la beauté, et qui voient sans cesse Jean-Jacques, pensent à lui, l’évoquent ou le regrettent.

   Carole pense à Rousseau en passant devant le Panthéon ; Pierre de La Mermotte traverse un jardin où Jean-Jacques herborisa autrefois ; Ève la blonde aperçoit dans un nuage blanc « la silhouette de Rousseau appuyé sur sa longue canne et cueillant des pervenches ». Cette fleur est souvent, comme chez Nerval et d’autres romantiques, l’occasion de rappeler le promeneur solitaire : elle est le symbole de l’innocence à laquelle conduit le rêve et elle jalonne ces chemins où les héroïnes côtoient des jeunes gens beaux et doux, amis de la nature et de la femme, des arbres et de l’amour. Là, c’est un paysan rousseauiste qui a lu toute l’œuvre de Rousseau que lui a prêtée son voisin, et qui vit en sage ; ici, ce sont de beaux amants qui peuvent seuls entrer dans les demeures du rêve.

   Dans son Journal, Lise Deharme regrette la disparition de Jean-Jacques car peu de vivants lui donnent envie de vivre avec eux. Aussi ses romans évoquent-ils les grands hommes par la magie de l’imagination et de l’écriture : ils permettent à leur auteur de se retrouver avec les âmes sœurs de sa sensibilité, puisqu’ailleurs le monde est vide et que l’on ne voit plus d’homes capables d’herboriser ou de rêver comme Rousseau, de vivre comme Beckford ou Villiers de L’Isle-Adam. « Lorsqu’on sonne à la porte, j’attends Goethe, Jean-Jacques, Chateaubriand, Baudelaire ».

   Lise Dehrame se livre donc dans ses romans à une véritable reconstruction de l’univers, afin de le remplir de la présence de Jean-Jacques. Cela concerne d’abord le mobilier : ainsi Carole s’endort dans le lit du philosophe genevois. Puis, ce sont les maisons elles-mêmes :


« Quand toutes ces histoires m’embêteront définitivement, je me ferai construire la petite maison de J.-J. Rousseau à Versailles au milieu d’un petit pré entouré d’un minuscule ruisseau. J’y adjoindrai un bout de terrain avec quatre sapins, douze rosiers-tige, un bouleau argenté et une prairie verte avec une vache belle et fraiche, un lièvre, une chèvre blanche, un petit âne aux yeux bleus, le logis d’un grand oiseau de nuit et des poules pour avoir, ô Seigneur, mon œuf quotidien. Tout le monde ne peut pas aimer le pain ».


Lull, l’héroïne du roman, fait construire cette maison de Jean-Jacques et réalise ce rêve pastoral, où elle vit selon sa fantaisie, libre des préjugés et de la morale du monde extérieur. Carcet endroit est hors du monde : tel le pays des fées, c’est un lieu secret et magique où ne pénètrent que les initiés, c’est-à-dire ceux que Lull a choisis et qui ont le cœur aussi bon que Rousseau. On n’y entre d’ailleurs pas sans un animal qui est le lien avec la nature.

   Un épisode semblable figure aussi dans Oh ! Violette ou le Politesse des végétaux, où l’héroïne s’est fait construire sa maison d’enfant sur els plans de celle de Jean-Jacques à Montmorency. C’est une dépendance du château de Mille Secousses où Violette vient se reposer des nuits d’orgie de ses proches. Comme celui de Lull, son domaine est un endroit merveilleux où tout respire la volupté et la douceur :


« Toutes ces histoires finissaient par l’ennuyer. Elle partit vers sa petite maison Jean-Jacques Rousseau. Les plantes l’accueillirent en s’inclinant devant elle, puis elles remontèrent lentement avec des grâces amoureuses. Violette léchait leurs feuilles et les feuilles frissonnaient, elle baisait leurs fleurs. C’étaient des plantes qu’elle ne laissait soigner par personne. La petite maison vibrait d’une ardeur amoureuse. Les plantes étaient d’une politesse suprême, elles frôlaient son corps, les lianes s’enlaçaient sur ce merveilleux tuteur. Il faisait très chaud. Les plantes la déshabillèrent et, très tendres, se posèrent sur sa bouche et ses seins ».


   Lise Deharme ne prend de Jean-Jacques que ce qu’elle aime et c’est bien plus l’auteur des Rêveries ou d’Emile que le théoricien du Contrat social qui l’émeut. Elle l’associe à la sensualité de ses héroïnes sans évoquer la rigueur morale du Citoyen de Genève, car, pour elle, Jean-Jacques est surtout l’homme sensible et doux, l’amant des fleurs et des arbres, le rêveur que blessait la dure réalité du monde.

   Lise Deharme donne ainsi une image surréaliste de Rousseau, et le procède de la même façon qu’André Breton et ses amis, en voyant en Jean-Jacques un frère. Rousseau leur apparaît comme l’homme de la liberté et du rêve ; il est à la fois el révolutionnaire et l’homme sensible, mais plus que tout, il séduit les surréalistes parce qu’il a vécu ses idées et pensé sa vie. C’est « la manière dont il semble avoir accepté  l’inacceptable condition humaine » qui les charme. Rousseau ne fut pas un philosophe d boudoir, il vécut comme veulent vivre les surréalistes, dans la réalité, dont l’imagination, l’action, le rêve et l’inconscient ouvrent chaque jour plus grandes les portes. Les surréalistes perçoivent Rousseau d’une façon globale, comme l’exprimait Delteil. Aussi, ne faut-il pas chercher, comme pour Sade ou Fourier, d’études sur son œuvre ni de manifeste d’inspiration rousseauiste. Ce qu’il est et ce qu’il devient dans le cœur de Breton et de ses amis est plus important que ce qu’il est. Octavio Paz l’exprime parfaitement à propos du Contrat social :


« Le Contrat social devient pour Breton l’accord verbal, poétique entre l’homme et la nature, la parole et la pensée ».


Rousseau n’est pas tout entier dans son œuvre, il est plus que ses écrits parfois trop classiques pour les surréalistes. Péret ne le range pas parmi les chantres de l’amour sublime, mais il reconnaît qu’il ouvre aux générations suivantes des perspectives que nul autre penseur n’a su leur offrir. Rousseau est parfois en amont ou en aval  du surréalisme même pour certains surréalistes. Alain Jouffroy déclare par exemple que, contrairement à ce qu’il a laissé souvent entendre, sa vie n’a pas commencé en 1946 le jour de sa rencontre avec André Breton, mais quelques années auparavant quand il parcourait les routes de Normandie à bicyclette, « les Confessions de Rousseau dans une main, et le guidon dans l’autre » et ces promenades, ajoute-t-il, « furent beaucoup plus décisives pour moi que le surréalisme, car elles sont liées à la découverte de la vie sexuelle, donc à la liberté de mes premières impulsions ». Ce sont aussi Les Confessions qui ont beaucoup influencé Philippe Soupault et ce sont elles encore que Jean Schuster me disait lire régulièrement.  Rousseau est bien un phare, une figure de rêve sur le chemin du surréalisme.

   En 1969, après que Jean Schuster eut annoncé la fin du mouvement historique , l’heure est au bilan, et plus que jamais, l’importance de Rousseau est signalée. Déjà, dans une interview de 1967, Schuster disait :


« De Jean-Jacques Rousseau à Apollinaire, pour prendre des repères chronologiques, on pourrait brosser le tableau minutieux des frissons nouveaux qui parcourent l’atmosphère intellectuelle, comme l’écrivait Lautréamont, et le présenter comme la nécessaire préface au surréalisme. Mais Breton – et Breton seul – a inventé l’idée surréaliste, même s’il ne l’a pas inventé de toutes pièces ».


Ces propos, Octavio Paz les confirmait en 1970 :


« Le surréalisme qui refusa tant de choses était mû par un grand vent de générosité et de foi. Parmi ses ancêtres, on ne trouve pas seulement Sade et Lautréamont, mais aussi Fourier et Rousseau. Et peut-être ce dernier est-il, du moins selon André Breton, la véritable origine du mouvement : exaltation de la passion, confiance sans limites dans les pouvoirs naturels de l’homme ».


   Que Rousseau ne fût pas ce chantre de la passion et qu’il ait montré parfois des réserves quant à sa confiance en l’homme, importe peu . Son œuvre se prolonge dans ses continuateurs ou dans ceux qui croient l’être, dans leurs rêves ou dans leurs désirs. Pour Breton, le surréalisme a fondé une mythologie nouvelle, et Rousseau devient pour lui un mythe, créateur de nouveaux élans et d’une nouvelle vie. C’est cette image surréelle de Rousseau, au-delà du sujet froid et figé d’une étude raisonnée, qu’ont prônée les surréalistes. « L’imagination est ce qui tend à devenir réel », disait André Breton dans Le Révolver à cheveux blancs, et le Rousseau mythique, tout chargé de l’imagination des surréalistes, est devenu réalité nouvelle, moteur d’autres rêves et point de départ d’autres actions révolutionnaires. Comme le dit si bien Pierre Mabille : « Un mouvement dialectique constant s’opère entre le rêve et la réalité. Si la légende se crée autour des héros, les héros s’incarnent à partir des légendes ».


 . Voir Pierre Gilbert, « Le culte embarrassant », Revue critique des idées et des livres, 25 juin 1912, p. 661. En fait, la république n’est guère entamée par le chahut de la droite : voir à ce sujet Tanguy L’Aminot, Images de J.-J. Rousseau de 1912 à 1978, Oxford, Voltaire Foundation, 1992.

 . Irving Babbitt, « Bergson et Rousseau », Revue bleue, 7 décembre 1912, p. 727.

 . Léonce Beaujeu, « Au jour le jour », L’Action française, 16 juin 1912, p. 1.

 . « J.-J. Rousseau, père du Cubisme », L’Occident, février 1912, p. 79.

.  Pierre Trahard, Les maîtres de la sensibilité française au XVIIIe siècle, Paris, Boivin, 1932, t. 3, p. 215 note 3 et 244.

 . Voir Marguerite Bonnet, André Breton, naissance de l’aventure surréaliste, Paris, Corti, 1975, p. 26-34.

 . Paul Eluard, Dialogue des inutiles dans Œuvres complètes, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1968, t. 2, p. 751.

 . André Breton, Entretiens (1913-1952) avec André Parinaud dans Œuvres complètes, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1999, p. 436-437.

 . Pierre Mabille, Thérèse de Lisieux, Paris, sagittaire, 1975, p. 12 et Louis Aragon, Le Libertinage, Paris, Gallimard, Collection L’Imaginaire, 1977, p. 271.

 . Gabrielle Buffet-Picabia, Rencontres, Paris, Belfond, 1977, p. 37.

 . Picabia, Ecrits, 2, Paris, Belfond, 1978, p. 129.

 Tristan Tzara, Sept manifestes dada, Paris, J.-J. Pauvert, 1963, p. 68.

 . Picabia, 391, n° 13, juillet 1920, p. 4.

 . Hans Arp cité dans Jean-Paul Crespelle, La Folle Epoque, Paris, Hachette, 1968, p. 55.

 . André Breton, Entretiens, p. 66.

 . G. Ribemont-Dessaignes, Déjà jadis, Paris, Union Générale d’Editions, Coll. 10/18, 1973, p. 96.

 . Philippe Audoin, « Très peu de livres », Le Magazine littéraire, n° 91-92, septembre 1974, p. 20-22.

 . André Breton, Second Manifeste du surréalisme dans Œuvres complètes, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1988, t. 1,  p. 781.

 . A. Breton, Projet pour la Bibliothèque Jacques Doucet dans Œuvres complètes, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1988, t. 1,  p. 634.

 . René Crevel, L’Esprit contre la raison, Paris, Tchou, 1969, p. 38.

 . A. Breton, Second Manifeste du Surréalisme, p. 784.

 . A. Breton, La Révolution surréaliste, 4, 15 juillet 1925, p. 32.

 . Joseph Delteil, « Echecs », Littérature, 1er mai 1923, p. 7.

 . J. Delteil, Les Cinq Sens, Paris, Grasset, 1924, p. 105.

 . Francis Picabia, Caravansérail, Paris, Belfond, 1975, p. 80..

 . J. Delteil, Choléra dans Œuvres complètes, Paris, Grasset, 1974, p. 187.

 . J. Delteil, Mes Amours… spirituelles, Paris, Messein, 1926, p. 151.

 . Ibid., p. 23.

 . Choléra, p. 124.

 . Mes Amours… spirituelles, p. 145-146.

 . Joseph Delteil, De J.-J. Rousseau à Mistral, Paris, Editions du Capitole, 1928, p. 46. Citons le texte complètement : « Le pauvre Jean-Jacques mène la barque, c’est bien le moins. C’est lui qui donna le bon coup de gaffe, au bon moment : en cette fin du XVIIIe siècle qui est en France la grande ligne de partage des eaux »

 . Vers 1927-1928 se fait un renouveau du point de vue sur Rousseau, dû notamment aux travaux de Gaspard Vallette, P. M. Masson et quelques autres érudits. Il existe toujours des adversaires irréductibles, mais apparaissent des critiques plus justes et plus nuancées. Parmi les catholiques même, comme celles du P. Alexandre Brou dans son Dix-huitième siècle littéraire ou de J. de Tonquédec dans la revue des jésuites Etudes, du 20 décembre 1927. Au point que L . Bron parla de J.-J. Rousseau réhabilité dans le journal genevois Guguss’, le 5 juillet 1928.

 . J. Delteil, De J.-J. Rousseau à Mistral, p. 59-60.

 . Voir la critique de Jean Violette dans les Annales J.-J. Rousseau, 18, 1927-1928, p. 367.

 . René Crevel, « Tandis que la pointolle se vulcanise la baudruche » (juin 1934) dans Les Pieds dans le plat, Paris, Pauvert, 1974, p. 298-299.

 . René Crevel, « La rédemption nouvelle » (juillet 1925) dans Mon corps et moi, Paris, Pauvert, 1974, p. 245-246.

 . Ibid., p. 245.

 . René Crevel, Lettres de désir et de souffrance, Paris, Fayard, 1996, p. 64.

 . René Crevel, « Individu et société » dans Le Roman cassé et autres écrits, Paris, Pauvert, 1989, p. 140.

 .  R. Crevel, Les Pieds  dans le plat, p. 189. En 1932, près dix mille personnes étaient au chômage à Genève. Le Parti socialiste s’opposait au Grand-Conseil. Les fascistes de l’Union nationale annoncèrent un meeting pour le 9 novembre 1932.  Malgré la pression de la gauche, le gouvernement refusa d’interdire la réunion . Vers 21 heures, le 9 novembre, il doit pourtant demander  l’intervention de l’armée afin de contenir les cinq mille manifestants. Pris de panique, les soldats ouvrent le feu. Il y eut treize morts et soixante-deux blessés.

   Signalons par ailleurs qu’on associa, en bien et en mal, Rousseau à la S.D.N.. Citons notamment l’article du journal d’Amsterdam De Tijd, du 14 juin 1933 : « Volkenbonds-conferentis : de invloed van Rousseau ».

 . R. Crevel, Le Clavecin de Diderot, 1932, Paris, Pauvert, Coll. Libertés, 1966, p. 57-58. En 1928, Aragon défend tout aussi violemment Rousseau contre la bourgeoisie qui accapare le philosophe genevois dans son Traité du style, Paris, Gallimard, L’Imaginaire, 1980, p. 65.

 . Joë Bousquet, La Révolution surréaliste, 5, 15 octobre 1925, p. 30. En juillet 1925, les surréalistes firent scandale au banquet donné en l’honneur de Saint-Pol-Roux. Max Ernst gifla Rachilde ; Leiris faillit être lynché pour avoir crié : « Vive l’Allemagne ! ». Les surréalistes s’opposaient aux écrivains patriotes et bourgeois qui accaparaient le poète.

 . André Breton, Arcane 17, Paris, UGE 10/18, 1965, p. 121.

 . Benjamin Péret, « La pensée est une et indivisible », VVV, 4, 1944, p. 10.

 . Gérard Legrand, « Le surréalisme est-il une philosophie ? », Le Surréalisme même, 1, octobre 1956, p. 142 note 1.

 . A. Breton, Manifestes du Surréalisme, p. 99. Roger Vitrac rangera cependant Rousseau auprès des Encyclopédistes et de Sade, parmi ceux qui s’opposèrent à l’idéalisme dans la revue Bifur, n° 5, 1930, p. 120.

 . A. Breton, Conférences de Mexico dans Œuvres complètes, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1992, t. 2, p. 1269.

 . A. Breton, Prolégomènes à un troisième manifeste dans Œuvres complètes, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1999, t. 3, p. 8.

 . A. Breton, « Seconde Arche » dans La Clé des champs, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1999, t. 3, p. 763.

 . A. Breton, « Projet initial » dans Exposition internationale du Surréalisme. Le Surréalisme en 1947, Paris, Maeght, 947, p. 135-136.

 . Papus, Le Tarot divinatoire, Paris, Editions Dangle, 1965, p. 170.

 . Elisabeth Haich, Sagesse du Tarot, Paris, Dervy, 1972, p. 50. Voir aussi p. 47 à 52.

 . A. Breton, « Lettre à une petite fille d’Amérique » dans La Clé des champs, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1999, t. 3, p. 940.

 . Ibid., p. 943.

 . A. Breton, Arcane 17 dans Œuvres complètes, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1999, t. 3, p. 54.

 . L’ancien surréaliste André Thirion dénonce pourtant Du Contrat social dans son Eloge de l’indocilité, Paris, Laffont, 1973, p. 244-246. Mais Alain Jouffroy souhaite que les Communards aillent rejoindre au Panthéon leur ancêtre Rousseau et réalisent une image des Chants de Maldoror dans De l’individualisme révolutionnaire, Paris, UGE 10/18, 1975, p. 399.

 . B. Péret, Anthologie de l’amour sublime, Paris, Albin Michel, 1956, p. 56.

 . Jean Schuster, « La place du soleil », Le Libertaire, 4 septembre 1952. Texte figurant dans José Pierre, Surréalisme et anarchie. Les « billets surréalistes » du libertaire (12 octobre 1951 – 8 janvier 1953), Paris, Plasma, 1983, p. 147.

 . A. Breton, « Si le surréalisme était maître de Paris… » dans Œuvres complètes, Paris, Bibliothèque de la Pléiade, 1999, t. 3, p. 1046.

 . « Ouvrez-vous ? », Médium, 1, nouvelle série, novembre 1953, p. 13.

 . L’anecdote est rapportée par Lise Deharme dans Les Années perdues, Paris, Plon, 1961, p. 244.

 . Lexique succinct de l’Erotisme, Paris, Eric Losfeld / Le Désordre, 1970, p. 63-64.

 . André Pieyre de Mandiargues dans « Notre enquête sur J.-J. Rousseau », Le Thyrse, 1er mars 1961, p. 98.

 . A. Breton, L’Un dans l’autre, Paris, Losfeld / Le Désordre, 1970, p. 38. Les résultats de ce jeu ont d’abord été publiés dans Médium, en 1954, sous le titre : « Nouveaux éléments du Dictionnaire unitaire ‘L’un dans l’autre’ »

 . Lise Deharme, Carole ou ce qui plaît aux filles, Paris, Julliard, 1961, p. 95.

 . L. Deharme, Pierre de La Mermotte, Paris, Julliard, 1962, p. 9.

 . L. Deharme, Ève la blonde, Paris, Gallimard, 1952, p. 100.

 . L. Deharme, La Marquise d’Enfer, Paris, Grasset, 1976, p. 10 et 167.

 . Ibid., p. 76-77.

 . L. Deharme, Les Années perdues. Journal, Paris, Plon, 1961, p. 221.

 . L. Deharme, La Porte à côté, Paris, Gallimard, 1949, p. 138-139.

 . L. Deharme, Laissez-moi tranquille, Paris, Julliard, 1959, p. 64.

 . L. Deharme, Carole, p. 118 et 138.

 . L. Deharme, Le Téléphone est mort, Paris, Losfeld, 1973, p. 148-149.

 . Ibid., p. 166.

 . L. Deharme, Oh ! Violette ou la Politesse des végétaux, Paris, Losfeld, 1969, p. 89-90.

 . A. Breton, Les Pas perdus dans Œuvres complètes, 1, p. 265. Breton écrit ce merveilleux passage : « … Je pense aussi que la poésie, qui est tout ce qui m’a jamais souri dans la littérature, émane davantage de la vie des hommes, écrivains ou non, que de ce qu’ils ont écrit ou de ce qu’on suppose qu’ils pourraient écrire. Un grand malentendu nous guette ici, la vie, telle que je l’entends, n’étant pas même l’ensemble des actes finalement imputables à un individu, qu’il s’en soit ressenti pour l’échafaud ou le dictionnaire, mais la manière dont il semble avoir accepté l’inacceptable condition humaine. Cela ne va pas plus loin. C’est encore, je ne sais pourquoi, dans les domaines avoisinant la littérature et l’art que la vie, ainsi conçue, tend à son véritable accomplissement ».

 . Octavio Paz cité dans Surréalisme. Europe, novembre-décembre 1968, p. 93.

 . Alain Jouffroy, Le Roman vécu, Paris, Robert Laffont, 1978, p. 75.

 . Philippe Soupault, « Lettre à Tanguy L’Aminot du 12 mai 1985 », Etudes J.-J. Rousseau, 1, 1987, p. 205.

 . Jean Schuster, Lettre inédite à Tanguy L’Aminot,  19 juillet 1991. J. Schuster, à qui je demandais un entretien sur Rousseau, me disait : « J’ai peur cependant de vous décevoir car je suis loin d’être un spécialiste même s’il ne se passe pas de semaine que je ne relise une quinzaine de pages des Confessions ».

 . J. Schuster, Archives 57 / 68, Paris, Losfeld, 1969, p. 129.

 . Octavio Paz, « Le cinéma philosophique de Bunuel »,  Opus, 19-20 :  Surréalisme international, octobre 1970, p. 98.

 . Pierre Mabille, Le Miroir du merveilleux, Paris, Editions de minuit, 1977, p. 51.