La citoyenneté politique, sociale et économique

dans la philosophie politique de J.-J. Rousseau

 

[N.d.E: ce texte est celui d'une conférence donnée dans le cadre des journées intitulées: "La Citoyenneté, démocratie et droits de l'homme", organisées par l'IUFM de l'Académie de Toulouse les 18 et 19 avril 2001. Les notes se situent à la fin de l'article.]

 

Le concept de citoyen a une place fondamentale dans la philosophie politique de Rousseau, mais pas seulement. Le sentiment de citoyenneté est fortement enraciné dans son caractère, et ses écrits autobiographiques en témoignent. Même si le citoyen de Genève peut être présenté comme le laudateur de la solitude, comme le défenseur de l'existence solitaire, on doit considérer que cette existence n'est que le revers nécessaire d'une médaille dont la face est peu glorieuse. La solitude ne sera que le bouclier qui pare l'estocade, que le remède à la maladie sociale. Elle n'aurait nulle pertinence dans une société saine. Le citoyen et ipso facto la société sont les valeurs fondamentales de la philosophie de Rousseau.

Le sentiment d'être citoyen intervient très tôt dans sa vie. Le premier livre des Confessions révèle le sentiment premier du caractère de Jean-Jacques. La première partie de son enfance auprès de son père fait fleurir un sentiment fort, puissant, scellé dans ce jeune cur qui s'épanche sur les livres et y puise l'exaltation. Rousseau découvre l'antiquité, qui laissera une empreinte indélébile sur sa personne et sa philosophie. Il s'y réfèrera constamment dans son uvre, y puisera l'essence de son apologie de la patrie et de la citoyenneté, ce qui révèle sans ambiguïté la dimension de la trace de cette époque sur l'esprit de notre jeune lecteur. "Sans cesse occupé de Rome et d'Athénes ; vivant, pour ainsi dire, avec leur grands hommes, né moi-même Citoyen d'une République, et fils d'un pere dont l'amour de la patrie étoit la plus forte passion, je m'enflamois à son exemple ; je me croyais Grec ou Romain." (1) Le jeune cur est immergé dans les sentiments patriotiques qu'il décrira dans son oeuvre. Son exaltation est telle qu'il s'identifie aux personnages de ses lectures. Il incarne cette identité dans des envolées mimétiques : "Un jour que je racontois à table l'aventure de Scevola, on fut effrayé de me voir avancer et tenir la main sur un réchaud pour representer son action." (2).

Aux sentiments patriotiques qui débordent de ses lectures s'ajoute sa propre participation à l'enthousiasme de la citoyenneté, car il est lui-même citoyen d'une République. Ce statut lie son identité mimétique à un état réel, qui ne fait sans aucun doute qu'affermir son sentiment de la citoyenneté. Ce sentiment est enrichi par son père, dont la passion la plus forte était l'amour de la patrie.(3) Ce père, modèle à imiter, est une référence archétypale qui place à l'origine l'amour du pays. La mémoire de Rousseau restera la gardienne de cette voix patriotique paternelle.

Le premier sentiment qui surgit du jeune cur n'est autre qu'un sentiment profond de citoyenneté. A ce moment de son enfance, le bonheur de Rousseau ne fait aucun doute. Son entourage le comble : ses proches l'aiment, et cet amour est réciproque. (4) "Mon pere, ma tante, mes parens, nos amis, nos voisins, tout ce qui m'environnoit (...) m'aimoit ; et moi je les aimois de même." (5) Il ajoute : " Comment serois-je devenu méchant, quand je n'avois sous les yeux que des exemples de douceur, et autour de moi que les meilleurs gens du monde." (6) Rousseau fait donc l'expérience de la citoyenneté dans un climat de bonheur et d'amour, que son père ne cesse de renforcer : "Jean-Jacques (...) aime ton pays. Vois-tu ces Bons Genevois; ils sont tous amis, ils sont tous frères..." (7) Le bonheur se ressent avec les autres; la félicité s'affirme parmi ses semblables. Comment ne pas identifier dès lors le bonheur, l'amour et la patrie ? Comment ne pas étendre l'amour de ses proches à celui d'une nation ? Être citoyen, c'est être en même temps frères et amis; fraternité et amitié sont indissociables de la citoyenneté. Rousseau affirme qu'il n'a jamais connu d'autre bonheur dans la vie que celui d'aimer et d'être aimé. Cet amour réciproque requiert une vie en communauté; le partage de sentiments nécessite une relation humaine. Le bonheur est en ce sens social d'après l'aveu même de Rousseau. La citoyenneté est constamment évoquée en même temps que l'amour, la fraternité et le bonheur.

Après le départ de son père, Rousseau fut mis en pension à Bossey chez les Lambercier, où il vécut durant deux années avec son cousin. Ses deux ans épanouirent son bonheur dans un climat social qui lui convenait à merveille : "La manière dont je vivois à Bossey me convenoit si bien, qu'il ne lui a manqué que de durer plus longtemps pour fixer absolument mon caractère" (8). Le cadre sentimental répand affection et tendresse. L'éducation dispensée est pleine d'équité, de compassion et de confiance ; les rapports mutuels sont fondés sur l'authenticité des sentiments, sur cette intimité qui ouvre les âmes, sur cette sincère union qui rend les curs transparents (9) et en permet la lecture. Cette communion absolue des êtres sera le propre de la communauté de Clarens, et l'on verra que Rousseau n'a de cesse de montrer son attachement au lien social tout au long de son oeuvre. C'est à cette époque que le jeune Rousseau découvre l'amitié.

La courte durée de son séjour à Bossey fut un obstacle à la fixation de son caractère; or, si cette fixation s'était réalisée, son caractère aurait eu le visage de cette communauté, de cette confiance qui ouvre les curs. "Tout nourrissoit dans mon cur les dispositions qu'il receut de la nature." (10) Cette participation sociale fondée sur l'amour, sur la confiance, le respect, la fraternité, a nourri ses dispositions naturelles. L'affirmation est de taille. Elle révèle que le rapport social ainsi défini participe de la nature du jeune Rousseau. Dès lors, même si son caractère n'est pas fixé, son naturel est bien propre à la société, si bien que Jean-Jacques n'a guère de penchant à l'origine pour la solitude. Son attachement à la citoyenneté prend bien ses racines dans sa nature. "Le prémier de mes besoins, le plus grand, le plus fort, le plus inextinguible, étoit tout entier dans mon cur : c'était le besoin d'une société intime." (11) L'intimité n'est pas ici le cercle secret, la relation exclusive, mais le rapport profond, étroit, transparent qui lie les êtres. Qu'il s'agisse de la citoyenneté, de l'amitié ou de la petite société qu'est la famille, on retrouve constamment cet être-ensemble dans l'union.

Ce n'est qu'avec la rupture de cette relation intime que commence la solitude et ipso facto son malheur. Les hommes furent ses "fréres", mais voyant qu'ils cherchaient leur bonheur dans sa misère, il dut se mettre à l'écart : "Alors pour ne pas les haïr il a bien fallu les fuir." (12) Le retrait est une exigence ; il est fuite de la souffrance et de la haine que Rousseau réprouve; il n'ira pas jusqu'à haïr des hommes qu'il aime. Pourquoi cette retraite ? Rousseau répond sans équivoque : "je suis devenu solitaire (...) parce que la plus sauvage solitude me paroit préférable à la societé des méchans qui ne se nourrit que de trahisons et de haine." (13) La réponse est claire : la solitude n'est qu'un moyen de ne pas subir la méchanceté; une solution par défaut. Plus encore : "Faut-il s'étonner si j'aime la solitude ? Je ne vois qu'animosité sur les visages des hommes." (14)

Quand il évoque plus tard Genève, il a sous le cur l'image de l'égalité, de l'union et songe à sa vie passée avec nostalgie : "Cette douceur des murs" me touchait "jusqu'aux larmes." (15) Genève, c'est la défaillance de cur, les larmes, l'émotion, le ravissement. Genève est le sentiment de citoyenneté.

Rousseau se retire dans la solitude parce qu'il aime les hommes et ne veut pas leur causer de tort. Mais cela l'afflige car notre "plus douce existence est relative et collective". Notre "vrai moi n'est pas tout entier en nous." (16) Cette existence fut celle de ses premières années, celle de la citoyenneté. Que fait Rousseau dans la solitude ? Il peuple le monde de sociétés authentiques fondées sur la fraternité, sur l'intimité, sur le bonheur, sur l'être-ensemble. Seul sur la terre, je "la peuplois bientôt d'etres selon mon coeur, et chassant bien loin l'opinion, les prejugés, toutes les passions factices, je transportois dans les asiles de la nature des hommes dignes de les habiter." (17)

Cette citoyenneté affective sera présente au cur de la citoyenneté politique : fraternité, amour, bonheur, absence d'égoïsme, respect de l'autre. La solitude n'est qu'un repli. La citoyenneté un idéal que Rousseau expose dans ses écrits politiques.

Mais en abordant la citoyenneté dans ses écrits politiques, Rousseau évoque la patrie avec une telle force qu'un nationalisme exacerbé semble en ressortir. Il convient à cet égard de clarifier ses propos afin d'éviter des amalgames pas très heureux.

Rousseau s'attache à l'amour des concitoyens. Mais qu'en est-il des étrangers ? L'amour de soi est "un sentiment naturel qui porte tout animal à veiller à sa propre conservation et qui, dirigé dans l'homme par la raison et modifié par la pitié, produit l'humanité et la vertu." (18) Cet élan est le propre de l'homme à l'état de nature, auquel il joint la pitié. Amour de soi signifie que l'ordre naturel pousse chaque individu à faire cas de soi dans l'ordre de la conservation. Cela ne signifie nullement que l'on n'aime pas autrui; cet élan primitif ignore les relations. Il s'exprime spontanément dans le sens de la conservation d'un individu, sans comparaisons, sans rapports. De cet amour de soi résultera l'humanité et la vertu. Avec l'amour de soi, l'unité fondamentale est l'individu.

De l'état de nature à l'état social, l'unité fondamentale se déplace de l'individu à la société. On passe du moi individuel au moi commun. Or, de même qu'il est naturel d'obéir à l'amour de soi pour le moi individuel, n'est-il pas de même naturel d'obéir à l'amour des concitoyens pour le moi collectif. Avec l'amour de soi, l'homme est mu par ce qui le touche en tant qu'individu. Avec l'amour des concitoyens, l'être collectif est mu par ce qui le touche en tant que moi collectif. Dans les deux cas, ce qui importe spontanément c'est ce qui a rapport au moi. Dans le cas de la société, il s'agit de ceux qui me sont proches, à savoir mes concitoyens, ceux avec qui je vis, avec qui je ressens. Ces proches nous touchent immédiatement dans notre affectivité.

De plus, alors que l'humanité et la vertu résulteront de l'amour de soi, on peut considérer qu'elles ressortiront aussi de l'amour des concitoyens. Dans les deux cas il y a passage de soi vers les autres. Rousseau est clair à cet égard : c'est en aidant concrètement nos proches, en compatissant, en remplissant nos devoirs d'entraide et de fraternité avec les concitoyens que l'on apprendra à le faire pour le genre-humain. Quand Rousseau critique les cosmopolites, il ne s'en prend nullement au cosmopolitisme en soi, mais à la facilité dont profite ceux qui s'en revendiquent : "Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher au loin dans leurs livres des devoirs qu'ils dédaignent de remplir autour d'eux." Il ajoute : "ils se vantent d'aimer tout le monde pour avoir le droit de n'aimer personne." (19) Ils ne remplissent pas leurs devoirs ici et maintenant. Ils n'entraident et n'aiment personne, ne sacrifient rien d'eux-mêmes pour les autres. Or, l'un des devoirs essentiels est la solidarité, l'entraide. Ce n'est pas le cosmopolitisme qui engendre cette absence de devoirs et d'amour, mais c'est l'absence d'amour et le refus d'accomplir ses devoirs qui se masquent sous le cosmopolitisme. Aimer vraiment, c'est compatir, aider, soutenir, faire des sacrifices, s'engager, et cela se fait pratiquement avec ceux qui nous entourent. Il est nécessaire de borner la commisération pour la rendre effective. Être engagé sur le terrain, c'est inexorablement se limiter. Il vaut mieux être concrètement engagé dans un lieu particulier que prôner un amour du genre humain dans son bureau.

Quant aux étrangers, ils ont ici un rôle essentiel : Il est bon "d'avoir des correspondances dans les pays éloignés, c'est une excellente précaution contre l'empire des préjugés nationaux, qui, nous attaquant toute la vie, ont tôt ou tard quelque prise sur nous. Rien n'est plus propre à leur ôter cette prise que le commerce désintéressé de gens sensés, lesquels n'ayant point ces préjugés et les combattant par les leurs nous donnent les moyens d'opposer sans cesse les uns aux autres, et de nous garantir ainsi de tous." (20) Ce regard rend plus circonspect; on analyse mieux ce qui relève de son pays et l'on prend du recul. On évite l'aveuglement, la fascination qui traîne vers l'abrutissement. L'autre me permet de mieux me voir, de redresser une défaillance, de révéler des défauts. La santé nationale dépend à cet égard de l'étranger.

Il y a une préférence citoyenne chez Rousseau, en ce sens où l'on aime celui qui est proche. La patrie est l'amour des lois, des concitoyens, et non une animosité envers les étrangers. Cet amour est naturel. C'est plus tard que l'idée de genre humain interviendra. Nous commencerons à "devenir homme qu'après avoir été citoyens" (21). La conscience des droits de l'homme suit la conscience de la citoyenneté. C'est après avoir aimé ses concitoyens que nous serons portés "à la fois par la nature, par l'habitude et par la raison à en user avec tous les autres hommes à peu près comme avec nos concitoyens." (22)

Le citoyen accomplit ses devoirs sociaux. Il est socialement engagé. Le citoyen agit, sur le terrain, il s'implique dans la vie sociale.

Qu'en est-il de la citoyenneté politique ? Dans le Discours sur l'inégalité, Rousseau fait la genèse de l'état social négatif dans lequel évoluera le mauvais citoyen. La propriété arbitraire et inégalitaire voit surgir le contrat inique, trompeur qui scelle l'inégalité et l'exploitation de l'homme par l'homme. Il en ressort le règne de l'intérêt particulier, l'intérêt économique, l'appât du gain, la recherche du pouvoir, le croisement des intérêts. Le mauvais citoyen est cet individu qui vit en société en cherchant son intérêt propre au détriment de l'intérêt commun, et qui utilise les autres comme un moyen d'accéder à sa fin. Il s'inscrit dans l'ordre d'un croisement d'intérêt par lequel le malheur des uns fait le bonheur des autres. Cette confrontation sociale fait obstacle à l'émergence d'un intérêt commun. Le mauvais citoyen est un individualiste, en ce sens où le fondement de l'existence sociale est l'individu, ses aspirations, ses biens, ses richesses. Pour Rousseau la société n'a pas pour finalité exclusive cette protection de l'individu et de ses biens, mais elle doit l'intégrer dans l'harmonie d'une unité collective, dans l'équilibre d'un moi commun. L'intérêt particulier ne doit pas être une fin autonome. On contracte certes pour protéger ses biens, pour assurer sa sécurité, sa vie, et c'est le sens du pacte social ; mais Rousseau veut une finalité plus étendue : l'émergence d'un intérêt général. L'intérêt particulier va de paire avec le désintérêt politique. Plus on s'occupe de soi moins on s'occupe de l'intérêt général. Une société qui identifie la réussite avec l'argent, avec la possession toujours croissante de biens nie la démocratie authentique.

A l'encontre de cette société, Rousseau édifie une société démocratique où règne la volonté générale, source de la loi. En démocratie, le souverain n'est autre que le peuple, pouvoir législatif qui lui appartient de façon absolue. Le peuple légifère, fait la loi et en ce sens s'exprime sur le peuple dans sa totalité. Il y a loi quand "le peuple statue sur tout le peuple". (23) La loi est toujours générale. La vérité politique et civique n'est pas simplement inscrite dans les lois entendues comme texte, comme quelque chose d'extérieur, mais elle est l'expression de l'individu. Il exprime l'intérêt général au-delà de toute particularité, dans le silence des passions, des intérêts pécuniaires, des coteries, des corporations. La volonté générale n'est pas un résultat qui ressort de la somme des parties car elle est déjà au plus profond de l'individu. C'est en ce sens que le citoyen porte en lui le collectif, qu'il a au fond de lui l'esprit commun. (24)

Le citoyen est donc politiquement celui qui participe à l'action politique en tant que souverain, à savoir en tant que détenteur du pouvoir législatif. Une loi qui n'est pas ratifiée par le peuple est nulle. Pour qu'il y ait loi, il faut que le peuple se prononce en personne sans représentants. La seule authentique démocratie est directe.

Si le citoyen fait la loi il doit y obéir. L'obéissance est la deuxième face fondamentale de la citoyenneté politique; son absence rompt le pacte social. L'établissement de lois et la volonté de leur application sont concomitantes. Le peuple dans sa totalité peut agir en fonction de la loi. Si elle confère un droit d'accomplir une action, tous reconnaissent que la sanction doit frapper celui qui déroge à la loi et donc fait obstacle à ce droit. Celui qui interfère dans cette réalisation détruit sa propre liberté en donnant à d'autres le droit de détruire la sienne. Forcer donc un citoyen d'être libre, c'est le forcer à pouvoir jouir d'un droit valable pour tous et donc pour lui. Personne n'a le devoir de respecter la liberté de celui qui ne respecte pas celle de l'autre. (25) Au "fond, comme tous les engagements de la société sont réciproques par leur nature, il n'est pas possible de se mettre au-dessus de la loi sans renoncer à ses avantages, et personne ne doit rien à quiconque prétend ne rien devoir à personne." (26) La sanction intervient alors pour montrer aux autres qu'il y a eu une injustice envers eux. C'est la reconnaissance du respect de la loi par les autres. L'absence de sanction pourrait être considérée comme une autorisation à violer la loi et cela romprait le pacte. La sanction n'est pas simplement la volonté de remettre l'autre dans le chemin de la citoyenneté, mais aussi celle de montrer aux autres qu'ils y sont.

Comment va t-on développer le sentiment de citoyenneté et faire des hommes capables de faire des lois et de les aimer ? Comment va t-on développer un sentiment d'unité nationale?

Le seul peuple propre à une authentique législation est celui où les citoyens ont des relations directes : "tous les membres doivent être connus de chacun d'eux." (27) L'essentiel est de vivre ensemble dans une relation constante par laquelle chacun connaît l'autre. Il faut voir son concitoyen, le côtoyer, vivre "en même temps". Seule cette proximité développera un sentiment d'unité et une affection réciproque. C'est l'une des raisons pour lesquelles Rousseau défend les petits États au détriment des grands, où l'anonymat risque de faire obstacle à la constitution de la citoyenneté. Il proposera à cet égard de scinder ce vaste État qu'est la Pologne en trente trois États confédérés.

Pour édifier une âme nationale, il faut une éducation publique. Le citoyen doit connaître son pays, ses productions, sa géographie, son histoire, ses lois, et les aimer en apprenant. Pour souder un peuple, il faut des jeux qui dans l'antiquité permettaient aux citoyens d'être souvent assemblés, des spectacles "qui, leur rappellant l'histoire de leurs ancêtres, leurs malheurs, leurs vertus, leurs victoires, interessoient leurs curs, les enfloimoient d'une vive émulation, et les attachoient fortement à cette patrie dont on ne cessoit de les occuper. " (28) Il faut les accoutumer de bonne heure "à la règle, à l'égalité, à la fraternité, aux concurrences, à vivre sous les yeux de leurs concitoyens et à désirer l'approbation publique." (29) On apprend tôt à respecter ce qui vaut pour tous sans aucune dérogation, à savoir la règle, et plus tard la loi, et ipso facto à vivre dans l'égalité puisque la règle vaut pour tous. Il faut des fêtes au cours desquelles chacun est sous le regard de l'autre, avec l'autre, et non séparé dans les salles obscures. Ils y sont posés les uns près des autres mais pas ensemble, et Rousseau s'opposera à cette séparation dans la Lettre à d'Alembert. Le spectacle doit être une fête publique et non "ces spectacles exclusifs qui renferment tristement un petit nombre de gens dans un antre obscur." (30) Le citoyen doit être actif : "donnez les spectateurs en spectacle ; rendez-les acteurs eux-mêmes; faites que chacun se voie et s'aime dans les autres, afin que tous en soient mieux unis." (31) Chaque citoyen s'identifie aux autres parce qu'ils participent tous au sentiment national. L'autre est comme moi et réciproquement parce que nous ressentons la même chose.

Les mots qui reviennent constamment sous la plume de Rousseau relèvent d'un vocabulaire affectif : amour, liens, attachements, curs, sentiments. "Il n'y aura jamais de bonne et solide constitution que celle où la loi régnera sur les curs des citoyens. Tant que la force législative n'ira pas jusque là, les lois seront toujours éludées." (32) Ce qui précède a précisément pour finalité d'ouvrir les portes du cur. Il est clair que la citoyenneté ne saurait être identifiée à la seule constitution et au seul respect des lois. Il faut de surcroît les porter en son cur.

On remarque que le citoyen est toujours un acteur : socialement il participe à la vie de la cité par la fraternité, la solidarité, par la participation aux jeux, aux spectacles. Engagement dans la vie pratique de la cité mais aussi dans sa propre famille : "c'est le bon fils, le bon mari, le bon père qui font le bon citoyen." (33) Un homme s'engage pour son pays jusqu'au sacrifice ultime pour la prospérité de sa famille. Il défend sa terre, les siens, sa patrie. Les éducateurs doivent être mariés, donc avoir une famille à la base. (34) Pour dispenser l'esprit patriotique il convient en effet d'avoir des enfants pour renforcer l'amour d'un parent pour une patrie qui prend soins de sa progéniture, et donc renforcer son engagement citoyen.

Socialement et politiquement engagé, le citoyen l'est aussi économiquement. "Travailler est un devoir indispensable à l'homme social", et "tout citoyen oisif est un fripon." (35) Le travail est un devoir. La forme d'association que définit le contrat social a entre autres pour finalité de protéger les personnes et les biens. On gagne plus de force pour les conserver. La société garantit la jouissance des biens, de sorte que celui qui possède a une dette envers elle. Chaque homme doit en ce sens travailler pour l'intérêt commun, et Rousseau méprise la richesse et l'oisiveté : "Celui qui mange dans l'oisiveté ce qu'il n'a pas gagné lui-même le vole; et un rentier que l'Etat paie pour ne rien faire ne diffère guère, à mes yeux, d'un brigand qui vit aux dépens des passants." (36) Si l'oisif est un voleur, et si le citoyen qui travaille est honnête, force est de constater que le travail est un concept moral en même temps que social. "L'assiduité au travail [] prévient le désordre et les vices." (37) Sans le travail, les hommes sont "énervés par la débauche, fruit certain de l'oisiveté". (38)

Mais le travail, exigence sociale, est aussi une exigence eu égard à la liberté, car l'on n'est pas libre si l'on dépend d'autrui. Un peuple doit subvenir à ses besoins; il faut pour ce faire dans la cité des agriculteurs, des charpentiers, des forgerons, des tisserands, etc. Tout peuple accompli, libre, indépendant est laborieux. Tout citoyen doit de surcroît donner de son temps à la cité en mettant ses bras à contribution. C'est le sens de la corvée, qu'on appelle aujourd'hui travail d'intérêt général eu égard au sens péjoratif attaché au premier terme, en lui retirant bien entendu l'idée de sanction qui l'accompagne. C'est une activité volontaire que chaque citoyen accomplit pour l'intérêt commun.

Le travail, concept moral et social, est aussi un concept politique : on trouvera les meilleurs gouvernants chez les "travailleurs. La culture de la terre forme des hommes vigoureux, robustes, qui seront de bons soldats et de bons gouvernants. La terre en effet symbolise la patrie, et c'est sans doute le cultivateur qui sera le plus propre à l'aimer : "On me demandera si c'est en labourant son champ qu'on acquiert les talents nécessaires pour gouverner. Je répondrai que oui dans un gouvernement simple et droit tel que le nôtre [] Le meilleur mobile d'un gouvernement est l'amour de la patrie, et cet amour se cultive dans les champs." (39) En mettant le travail en avant, Rousseau rejette l'argent de son économie. Une économie de subsistance consomme ce qu'elle produit. Une économie de production s'attache au profit et fait de l'argent, et donc de l'intérêt particulier, le moteur de la société. "Donnez de l'argent, et bientôt vous aurez des fers. Ce mot de finance est un mot d'esclave, il est inconnu dans la Cité." (40) Quand l'argent prime, alors la citoyenneté qui est égalité est perdue, car l'économie de production creuse toujours plus l'écart qui sépare les riches et les pauvres. Ce n'est alors pas l'Etat qui est riche, mais un petit nombre qui en font une entreprise. L'argent cultive le mal : l'inégalité. Le travail quant à lui entretient l'égalité et sape les fondements du mal absolue. Quand Hume écrit que "commerce et industrie" sont employés "au bien-être et au plaisir des individus" (41), il résume parfaitement l'esprit du XVIIIe siècle auquel Rousseau s'oppose. Montesquieu lie le commerce la sagesse et le tranquillité ; Voltaire et Mandeville loueront ce luxe qui donne du travail aux pauvres. Certes dira Rousseau, le "luxe peut être nécessaire pour donner du pain aux pauvres : mais, s'il n'y avoit point de luxe, il n'y auroit point de pauvres." (42) Il s'oppose ainsi à l'économie de son siècle, et Marx suivra le même chemin en s'appuyant sur le travail pour définir l'homme. (43)

Si l'on veut enfin un peuple de citoyens, heureux et libre, il faut "s'appliquer à l'agriculture et aux arts nécessaires à la vie." (44) Pour faire des citoyens et pour "vous maintenir heureux et libres, ce sont des têtes, des curs, des bras qu'il vous faut : c'est là ce qui fait la force d'un Etat et la prospérité d'un peuple." (45)

On peut légitimement parler ici d'ergocratie (46) puisque la liberté d'un peuple, son bonheur, sa moralité, ses gouvernants, l'amour de la patrie et donc le sentiment d'unité nationale se fait par le travail.

Nous savons à présent ce qu'est un citoyen. Il s'agit maintenant de savoir qui peut le devenir. Le patriotisme de Rousseau est un patriotisme de la loi, de l'amour des lois, des concitoyens, de la liberté, si bien qu'il n'y aura ni droit du sol, ni droit du sang dans l'acquisition de la citoyenneté. (47) On peut perdre son territoire et conserver pourtant une unité citoyenne. Le peuple juif en est un exemple frappant. Ils n'ont plus de chef, plus de territoire et demeurent citoyens. Voilà "un peuple expatrié n'ayant plus ni lieu ni terre depuis près de deux mille ans, un peuple altéré, chargé, mélé d'étrangers depuis plus de temps encore () un peuple épars, dispersé sur la terre, asservi, persécuté" qui pourtant conserve "ses coutumes, ses loix, ses murs, son amour patriotique et sa premiére union sociale quand tous les liens en paroissent rompus () Ils n'ont plus de patrie et son toujours citoyen." (48)

Le droit du sang n'est pas plus considéré dans l'acquisition de la citoyenneté. Les peuples ne peuvent se vanter d'être "pur", d'être originaire d'une terre, d'avoir un "sang commun" qui les unit. Un peuple est le fruit d'un mélange inévitable que l'histoire impose. On "ne voit plus comme autrefois des autochtones, aborigénes, enfans de la terre ou de la contrée où ils sont établis. Les fréquentes revolutions du genre humain en ont tellement transplanté, confondu les nations qu'excepté peut être en Affrique il n'en reste pas une sur la terre qui se puisse vanter d'être originaire du pays dont elle est en possession." (49) Les peuples se sont tellement succédés et mêlés qu'on ne peut plus les distinguer. Il est pour le moins clair que le patriotisme de Rousseau ne peut se confondre avec un nationalisme de la race. Le facteur héréditaire n'a ici aucun sens. La citoyenneté n'est ni une affaire de sol ni une affaire de sang mais une affaire d'éducation.

C'est de l'éducation républicaine que ressort la reconnaissance de la citoyenneté. Les enfants trouvés qui ne sont pas forcément de parents nationaux peuvent devenir citoyen. Par l'éducation ils vivent dans la communauté, dans l'union, dans le respect des lois et développent ainsi un esprit patriotique. La citoyenneté est celle des murs, des lois, de la liberté. "Si les enfants ont été élevés en commun dans le sein de l'égalité, s'ils sont imbus de lois de l'Etat et de la volonté générale () ne doutons pas qu'ils n'apprennent à se chérir mutuellement comme des frères () et à devenir un jour les défenseurs et les pères de la patrie dont ils auront été si longtemps les enfants." (50)

Mais un comportement exemplaire peut parfois se substituer à l'éducation. C'est ainsi que dans l'antiquité, un étranger qui s'était conduit héroïquement pour une nation pouvait devenir citoyen. Il est donc possible de passer d'une citoyenneté à une autre, de quitter le cur d'une patrie pour en épouser une autre. L'important dans tous les cas est d'aimer une patrie et de s'engager pour elle.

Ainsi, un être qui aime sa patrie, ses concitoyens, ses lois, ses murs, son histoire, sa famille; un être solidaire qui s'engage, qui donne, travaille, aide, concourt au bien-être commun, qui fait les lois et y obéit; un être qui est actif politiquement, socialement, économiquement, tel est le citoyen.

Émile est-il citoyen en ce sens ? Sera-t-il le citoyen exemplaire de la société négative et le citoyen idéal de la société idéale ? Cela est fort douteux. Toute l'éducation d'Émile tend à faire de lui un homme et non un citoyen. Rousseau pose l'alternative : faire un homme ou un citoyen il faut choisir. Choisir, car les statuts sont contradictoires. Alors que le citoyen est éduqué dans l'attachement à sa patrie, Émile est un citoyen du monde, l'homme universel sans liens géographiques, historiques, ethniques et patriotiques. Toute son éducation aboutit à cette déclaration : "Que m'importe ma condition sur la terre ? que m'importe où que je sois ? Partout où il y a des hommes je suis chez mes frères; par tout où il n'y en a pas je suis chez moi." (51) A la fin du livre, au terme de l'éducation Émile sent qu'il appartient à l'espèce humaine et qu'il n'est attaché à aucune patrie.

Si l'éducation avait pour but de former un citoyen idéal, c'est pour le moins raté. Les propos d'Émile montre en effet clairement que l'objectif est loin d'être atteint.

Si l'éducation politique était si fondamentale, pourquoi ne lui consacrer que quelques pages au dernier livre ?

Le précepteur tente à la fin du livre V de convaincre son élève de s'attacher à son pays. Après avoir constamment critiqué les institutions sociales, Rousseau, en une page, tente d'en montrer les aspects positifs, en tirant des plus épouvantables conséquences des avantages susceptibles de convaincre quelqu'un qu'il n'a cessé d'éduquer dans le sens contraire. Le revirement est saisissant. Même si le pays d'Émile n'est pas idéal, et pour cause, il a au moins "des simulacres de loix sous lesquels il a vécu tranquille". (52) Des simulacres de lois sont-ils encore des lois ? Rousseau n'a-t-il pas combattu cette illusion qui fait croire que le bien suprême est la tranquillité : " Les tirans, les flatteurs crient sans cesse : peuples portez vos fers sans murmure car le prémier des biens est le repos; ils mentent : c'est la liberté." (53) La tranquillité est le bien que recherche l'homme chez Hobbes, pas chez Rousseau. L'homme sauvage préfère la "plus orageuse liberté à un assujettissement tranquille." (54) Or ici la tranquillité devient un bien et il n'est pas question de liberté. Et Rousseau continue sur le terrain de la tranquillité en évoquant la protection dont Émile a bénéficié sous l'étendard de l'intérêt particulier. Il doit être finalement reconnaissant envers cet intérêt. Reconnaissant envers un intérêt détestable sans qu'il soit encore question de liberté, voilà qui est curieux. Et Rousseau continue sur sa lancée: peu importe la violence publique puisqu'elle protège de la violence particulière. On a toujours affaire à la tranquillité comme bien essentiel, ce qui est pour le moins étonnant sous la plume de Rousseau. De plus, malgré la violence, les simulacres de lois, le mal, la société dispense pourtant la moralité : "Ô Emile ! où est l'homme de bien qui ne doit rien à son pays ? Quel qu'il soit, il lui doit ce qu'il y a de plus précieux pour l'homme, la moralité de ses actions et l'amour de la vertu." (55) L'homme doit la moralité à son pays. Mais par quel miracle pourrait-on se sentir lié à un pays qui n'engendre de conscience morale que par le mal qu'il cause ? On ne lui doit rien parce qu'il n'a rien donné. Les lois lui donnent-elles le courage d'être juste ? Mais il s'agit de simulacres. S'il acquiert une conscience de la justice c'est par leurs défauts. Une fois encore comment peut-on devoir quelque chose à ce qui ne donne rien.

La citoyenneté de Rousseau est une citoyenneté de la loi. On aime les lois, l'intérêt général, ses concitoyens, ses murs, ses coutumes. Comment aimer dès lors une loi que l'on ne fait pas, des concitoyens qui s'entredéchirent dans un croisement d'intérêts, des murs qui en sont le reflet ? Non seulement cela ne correspond en rien à l'éducation qu'Émile a reçue, mais cela s'oppose totalement à la citoyenneté que Rousseau définit.

Émile peut bien sûr donner l'exemple et être un citoyen exemplaire. (56) Mais la question se pose encore. Comment Émile, qui au terme du livre se sent profondément citoyen du monde, peut-il acquérir cette conscience de la citoyenneté qu'il n'a absolument pas et que son précepteur tente de lui inculquer rapidement (quelques lignes) et surtout avec des arguments qui laissent à désirer ? Pour qu'Émile fut à l'origine de la constitution d'une société idéale, il eut fallu que son précepteur l'éduquât plus tôt dans le sens d'un sentiment de citoyenneté.

Supposons qu'Émile, au cours d'un voyage, trouve une société idéale. Il pourrait certes en devenir l'un des citoyens. Mais cela exige qu'il laisse à la porte de la cité son statut de citoyen universel. Il devra en ce sens apprendre à ne plus être Émile. De l'éducation de citoyen résulte un esprit qui n'a rien de commun avec le sien. L'éducation républicaine est foncièrement différente de l'éducation domestique de notre élève. Les deux esprits auxquels elles aboutissent sont contradictoires. Que l'on compare les méthodes suivies dans le Projet de constitution pour la Corse, dans les Considérations sur le gouvernement de Pologne, dans le Discours sur l'économie politique et dans Émile et l'on constatera que l'éducation du citoyen est fort éloignée de la sienne. Émile ne connaît ni l'attachement à des lois, à un esprit collectif, à l'histoire d'un peuple; son esprit n'est pas éduqué dans le sens de l'amour d'une patrie. Pour être citoyen il devra ainsi laisser son identité.

Émile n'est par conséquent ni le citoyen exemplaire d'une société malade ni le citoyen idéal d'une société idéale. Il est ce que son éducation a fait de lui : un homme et non un citoyen. L'évocation de la citoyenneté dans ce cinquième livre d'Emile n'est donc pas convaincante.

 

 

D. FAÏCK

 

Notes

1. Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions, OC I, Gallimard, L.I, p. 9. Nos citations sont extraites des uvres complètes, la Pléiade, sauf pour la Lettre à d'Alembert, folio, Gallimard, 1987. Nous avons conservé l'orthographe originelle.

2. Ibidem.

3. "Fils d'un pere dont l'amour de la patrie étoit la plus forte passion, je m'enflamois à son exemple." Ibidem p. 9

4. "Je n'avois sous les yeux que des exemples de douceur, et autour de moi que les meilleurs gens du monde". Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions, L.I, p. 10.

5. Ibidem. Bernard Gagnebin et Marcel Raymond écrivent dans la note 1 p. 1239 : " Rousseau a tendance à embellir son enfance genevoise, à auréoler la figure de son père". Or, même si Rousseau a effectivement cette tendance, on ne peut douter des sentiments de bonheur qu'il a éprouvé à ce moment, même s'ils ne sont pas si forts qu'il le dit. Embellir est rendre plus beau ce qui l'est déjà.

6. Ibidem.

7. Jean-Jacques Rousseau, Lettre à d'Alembert, Gallimard, Folio, 1987, p. 310 note.

8. Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions, L.I, p. 14.

9. Sur la problématique de la transparence, voir J. Starobinski, J.J. Rousseau, la Transparence et l'obstacle, Gallimard, 1971.

10. Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions, L.I, p. 14

11. Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions, L.IX, p. 414.

12. Jean-Jacques Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire, septième promenade, p. 1066.

13. Ibidem, p. 1066.

14. Ibidem, neuvième promenade, p. 1095

15. Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions, L. IV, p. 144.

16. Jean-Jacques Rousseau, Rousseau juge de Jean-Jacques, deuxième dialogue, p. 813.

17. Jean-Jacques Rousseau, Lettres à Malesherbes, p. 1140.

18. Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l'inégalité, note XV, p. 219.

19. Jean-Jacques Rousseau, Emile, L.I, p. 249.

20. Ibid, L.V, p. 855.

21. Jean-Jacques Rousseau, Du Contrat social, 1° version, p. 287.

22. Ibidem.

23. Jean-Jacques Rousseau, Du Contrat social, L.II, ch. VI, p. 379.

24. Nous renvoyons le lecteur à l'article de V. Goldschmidt, Individu et communauté chez Rousseau, in Pensée de Rousseau, Éditions du Seuil, 1984. Nous reprenons ici son analyse.

25. "En ce sens, autrui a l'obligation de ne pas interférer parce qu'il jouit de la même liberté que moi : s'il interférait dans la sphère de la liberté que la loi me concède, il détruirait les fondements de sa propre liberté, car il reconnaîtrait alors qu'il serait légitime de ma part d'interférer dans sa sphère de liberté." J.F. Sptiz, La Liberté politique, Paris, PUF, 1995.

26. Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l'économie politique, p. 249.

27. Jean-Jacques Rousseau, Contrat social, 1° version, p. 325.

28. Jean-Jacques Rousseau, Considérations sur le Gouvernement de Pologne, p. 958.

29. Ibidem, p. 968.

30. Jean-Jacques Rousseau, Lettre à d'Alembert, p. 297.

31. Ibidem, p. 298.

32. Jean-Jacques Rousseau, Considérations sur le gouvernement de Pologne, p. 955.

33. Jean-Jacques Rousseau, Emile, L.V, p. 700.

34. Jean-Jacques Rousseau, Considérations sur le gouvernement de Pologne, p. 967.

35. Jean-Jacques Rousseau, Emile, L. III, p. 470.

36. Ibidem.

37. Jean-Jacques Rousseau, Projet de constitution pour la corse, pp. 904-905.

38. Ibidem.

39. Ibidem, Fragments séparés, pp. 940-941.

40. Jean-Jacques Rousseau, Du Contrat social, L. III, ch. XV, p. 429.

41. David Hume, Discours politiques, TER, Mauvezin, 1993, Du commerce, p. 18.

42. Jean-Jacques Rousseau, Dernière réponse, OC III, p. 79.

43. Nous renvoyons le lecteur à notre travail : Rousseau, le travail ou l'être humain, anthropogenèse et sociogenèse par le travail dans la philosophie de J.J Rousseau, Paris, L'Harmattan. A paraître. Nous y montrons entre autres que Rousseau a, avant Marx, défini l'homme comme animale laborans.

44. Jean-Jacques Rousseau, Considérations sur le Gouvernement de Pologne, p. 1004.

45. Ibidem, p. 1005.

46. Pour une analyse plus précise, nous renvoyons de nouveau le lecteur à notre ouvrage présenté à la note 43.

47. Nous renvoyons le lecteur au livre de S. Leliepvre-Botton, Droit du sang, Droit du sol, patriotisme et sentiment national chez Rousseau, ellipses, 1996.

48. Jean-Jacques Rousseau, Fragments politiques, p. 499.

49. Ibidem, p. 498.

50. Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l'économie politique, pp. 260-261.

51. Jean-Jacques Rousseau, Emile, L. V, p. 857.

52. Ibidem, p. 858.

53. Jean-Jacques Rousseau, Lettre à Christophe de Beaumont, p. 1019.

54. Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l'inégalité, seconde partie, p. 181.

55. Jean-Jacques Rousseau, Emile, L. V, p. 858.

56. Voir à ce propose l'article de G. Besse, "Le Sage et le citoyen selon J.J. Rousseau", Revue de métaphysique et de morale, n°1, janvier-mars 1973.